Professeur W³adys³aw T. Miodunka

 

La politique linguistique de la Pologne sur le fond européen

 

Je considère cette intervention comme un témoignage de la manière dont la Pologne réagit aux défis linguistiques liés à l’appartenance à l’Union Européenne, témoignage de ce en quoi s’exprime la politique linguistique de la Pologne et de la façon dont la politique linguistique de l’Europe est perçue en Pologne.

            La politique linguistique de la Pologne s’exprime en activités de deux types : d’une part, en régularisations juridiques concernant la protection et la promotion de la langue polonaise, d’autre part – en modernisation de l’enseignement des langues étrangères en Pologne.

            En ce qui concerne la protection et la promotion de la langue polonaise, il faut y mentionner « La loi sur la langue polonaise » votée en 1999 par la Diète de la Pologne – après quelques années de discussions, surtout dans les milieux de spécialistes, au sujet de menaces envers la langue polonaise dans la période de transformation du régime politique des années 90 du XXe siècle. Les participants aux discussions ont porté leur attention sur deux dangers : vulgarisation de la langue polonaise, aussi dans les énoncés publics, et nombreux emprunts étrangers, surtout de la langue anglaise. La constatation la plus dramatique concernant cette deuxième menace était la suivante : les Polonais ont résisté pendant des années à la germanisation et à la russification, mais ils peuvent ne pas résister à l’américanisation.

            Je voudrais souligner que « La loi sur la langue polonaise » a été proposée par les linguistes de Cracovie auxquels étaient proches les solutions juridiques françaises dans le domaine de la protection de la langue française.

            La loi de 1999 mentionnait la promotion de la langue polonaise dans le monde entier, mais les dispositions étaient tellement vagues, qu’en 2003 a eu lieu son amendement. « La loi du 11 avril 2003 sur l’amendement de la loi sur la langue polonaise » crée des fondements juridiques pour certifier officiellement la connaissance de la langue polonaise comme langue étrangère. Deux dispositions du Ministère de l’Education Nationale et des Sports du 15 octobre 2003 apportent des confirmations essentielles. Il en résulte que les étrangers peuvent recevoir les certificats de connaissance de la langue polonaise à trois niveau : élémentaire (B1), moyen général (B2) et avancé (C2). Il faut y ajouter que les certificats de connaissance de la langue polonaise comme langue étrangère correspondent aux standards européens, élaborés par l’Association of Language Testers in Europe (ALTE). La Pologne, représentée par l’Université Jagellonne, est un membre de l’ALTE depuis 2000.

            En 2004 ont eu lieu les premiers examens certificateurs de langue polonaise comme langue étrangère, qu’ont passés 106 personnes de 24 pays. La plupart de celles qui s’y sont présentées venaient d’Allemagne (30 %), d’Ukraine (11, 5 %), d’Espagne, de Russie et des Etats-Unis (respectivement 7,5 %). Les examens ont confirmé l’intérêt attendu porté à la langue polonaise en Allemagne et ont démontré l’intérêt inattendu témoigné à la langue polonaise dans les pays à l’Est de la Pologne : en Ukraine, en Russie, en Biélorussie. Dans ces pays, la langue polonaise est perçue comme langue européenne dont la connaissance donne accès aux études en Pologne et au marché du travail polonais qui fait partie du marché européen. Pour les Slaves orientaux, la langue polonaise est attrayante, parce que c’est une langue slave, donc relativement facile, et aussi une langue qui donne accès à un grand marché du travail et des services, comptant 38 millions de personnes.

            Le premier pas dans la direction de la modernisation de l’enseignement des langues étrangères en Pologne est constitué par le nouveau baccalauréat qui a lieu dans notre pays en avril et en mai cette année pour la première fois. Sa nouveauté consiste en ce que tous passent l’examen d’une langue étrangère à deux niveaux : élémentaire (A2) et étendu (B2), et en ce que tous les examens des langues étrangères répondent aux standards européens. Malheureusement, au cours des baccalauréats, on ne peut pas parler du niveau factuel des bacheliers compte tenu du manque de données. De toute façon, le nouveau baccalauréat porte l’espoir d’unifier le niveau de l’enseignement des langues étrangères et de ce qu l’apprentissage des langues étrangères dans les établissements d’enseignement supérieur constitue la continuation de l’éducation dans les écoles secondaires, pour que tous les diplômés des grandes écoles connaissent au moins une langue étrangère au niveau B2 ou C2.

            Comme on peut le voir, la politique linguistique de la Pologne concerne deux aspects qu’elle doit justement concerner : la protection et la promotion de la langue polonaise ainsi que l’enseignement efficace des langues étrangères en Pologne. En tant que participant aux activités menant à la promotion de la langue polonaise comme langue étrangère, je me réjouis de ce qu’on a réalisé, mais je dois dire que ce sont les groupes de gens liés à l’éducation qui sont le moteur des actions, alors que les hommes politiques professionnels ne comprennent que partiellement leurs intentions, absorbés par la réalisation des intérêts de leurs partis.

            Ici, il faut d’ailleurs dire clairement que la plupart des hommes politiques a une confiance très limitée dans le bien-fondé de la promotion de la langue polonaise au-delà des frontières de la Pologne. Si cependant on en parle, c’est par référence aux Polonais dans le monde entier et aux citoyens étrangers d’origine polonaise. Comme la diaspora polonaise compte environ 10 millions de personnes, le groupe de la Polonia est important dans la politique polonaise, alors qu’il n’existe pas chez nous la notion de polonophonie (sur le modèle de la francophonie, lusophonie, etc.). La petite confiance des hommes politiques polonais dans le bien-fondé de l’enseignement de la langue polonaise comme langue étrangère reflète la conscience sociale qui, le plus souvent, s’exprime par une surprise agréable de ce qu’un étranger apprend le polonais et par la question sincère « Pour quoi faire ? ». Il me semble que l’état de la conscience polonaise dans ce domaine est proche de l’état de la conscience des pays de « petites » cultures ou de « petites » langues. Cela ne veut pas dire pourtant que la société polonaise ne soit pas attachée à sa langue. Qu’elle le soit en témoignent le mieux les recherches sur la connaissance de la langue polonaise dans la diaspora polonaise – aux Etats-Unis, en Australie ou au Brésil. Les représentants de la quatrième génération de la Polonia au Brésil que j’ai interrogés moi-même déclarent ainsi leur connaissance du polonais : 65 % comprennent bien, 41 % parlent, 19 % lisent et 8 % écrivent. La langue est très importante pour édifier et maintenir l’identité nationale polonaise, ce que confirment de concert les Polonais du pays et les groupes de la Polonia de l’étranger. Parmi les critères de polonité, la langue polonaise est mentionnée à la première place.

            Il semble que Joshna Fishman ait eu raison quand il a écrit en 1980 dans la Harvard Encyclopedia of American Ethnic Groups que « le maintien de la langue ethnique parmi les groupes ethniques américains peut s’opérer au niveau de l’ethnicité inconsciente plutôt que consciente ».

            En tant que représentant du groupe des spécialistes qui s’occupent de l’enseignement et de la promotion de la langue polonaise comme langue étrangère, j’aimerais souligner que nous voyons l’entrée de la Pologne dans l’Union Européenne comme une chance pour la langue polonaise. Nos expériences venant de la coopération avec l’ALTE, avec Language Policy Division du Conseil de l’Europe, ou bien de la participation à des programmes européens sont bonnes, et en plus elles guérissent nombre de leurs participants des complexes des langues « petites », « provinciales », « peu importantes ». Ces programmes permettent de vite rattraper les retards dans l’enseignement des langues étrangères, qui comptent des années ou même des dizaines. Indépendamment de ce qu’on dit de la bureaucratie européenne, il faut avouer qu’elle marche toutefois plus vite que la polonaise. Nous avons entrepris des démarches pour l’instauration de la certification de la langue polonaise comme langue étrangère auprès du Ministère de l’Education Nationale en 1998. En 2000 nous sommes devenus membre de l’ALTE, mais nous n’avons eu l’amendement de la « Loi sur la langue polonaise » qu’en 2003, et nous avons commencé les examens certificateurs en 2004, c’est-à-dire quand il y a eu la conférence de l’ALTE à Cracovie. En 2002, dans le cadre du programme Lingua 2, nous avons obtenu le fonds « Testing in Polish and Slovene » qui s’est terminé en 2005 par la publication de 8 études.

Jamais avant la langue polonaise n’avait eu tant de succès en 5 ans.

 

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